Il était une fois, dans le fabuleux royaume d'Around-sud ouest-Lasalle-Verdun, vivaient de jeunes créatures avides d'aventures. Plusieurs d'entre elles sentaient bouillir en leurs corps un désir, tout à fait légitime, d'indépendance. C'est pourquoi une vague impressionnante d'expatriations se faisait sentir dans toute la contrée.
Gisèle, une jeune marchande de connaissances quelconque, remarquait qu'autour d'elle, plusieurs de ses compagnons planifiaient leur envol. Pour certains, comme Petrushka la Pollock et son chevalier Caroll, le choix du bled rêvé était capital: Au diable le Plateau! Longue vie au Mile-End! Pour d'autres, comme Émilie et Ovila, les démêlés houleux autour d'une seule question ne cessaient de brouiller leurs cartes: Vivre dans un somptueux château à prix modique en prenant le risque que la belle-mère retentisse les samedis matin afin d'assouvir ses besoins d'horticulture ou bien emménager dans un petit coin de paradis dans lequel Émilie pourra assouvir ses besoins de décoration intérieure? Voilà le dilemme! Dolorès, elle, désirait pendre la crémaillère dans un logement qui ne soutiendrait pas le poids de trois étages et qui posséderait des fenêtres assez grandes pour y laisser entrer un brin de lumière. Pour Fripe et Pouille, peu importe dans quelle cité ils s'installeraient en autant qu'ils aient amassé le plus de matériel possible avant de partir. Four à micro-ondes, cafetière, wok, cuillère en bois, porte-épices, mitaines pour le four, minuterie en forme de coq, miroir de salle de bain, tapis d'entrée, ordinateurs, lampes de chevet, rideau de douche, rideau de douche de rechange, porte-savon, draps-santé, cintres en macramé et cure-dents en inox entreposés chez Georgette faisaient, à cette époque, leur plus grand bonheur.
Ce qui était le plus beau dans tout cela, c'était que l'excitation était palpable chez ces joyeuses jeunesses à l'approche du grand départ. Pour Gisèle, qui jusqu'à maintenant, n'avait pour seule possession qu'une magnifique théière (elle était vraiment belle!), ces préparatifs la rendaient folle de joie, puisqu'elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'à son tour, dans un avenir assez rapproché, elle devrait étudier le marché des prix d'accessoires de cuisine, les différentes qualités de peinture, les rouages d'une épicerie économique ainsi que les principes d'embourgeoisement (clin d'oeil à Maggie Malo et à Ti-Brin: gentrification est un anglicisme pour embourgeoisement!) Bref, en attendant que son tour ne vienne, Gisèle serait certainement ravie d'aider ses camarades à arracher du "prélart" ou fixer des portes d'armoires.